Tibet, Chine, JO et Boycott…

En regardant le flash de 7h00 sur Euronews, je me vois une fois encore assommée par des images de manifestants, grecs cette fois, hystériques à souhait, hurlant et brandissant des banderoles pour un Tibet libre et pour le boycott des Jeux Olympiques de Pékin.

Ces images me rappellent une conversation fort intéressante que j’ai eue avec l’Homme il y a quelques jours. Je pense que ce sujet convient très bien à l’ouverture de la catégorie “Actualité” de mon petit blog tout neuf .

D’ aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été pro-Tibet. Trouvant l’attitude du gouvernement Chinois tout à fait immonde et les autochtones cruellement opprimés. Fervente lectrice et “supportrice” du Dalaï-Lama, détentrice d’un joli drapeau de prières et d’un autocollant revendiquant le retrait des troupes chinoises d’un pays que j’ai toujours idéalisé et envié pour leur si bon shit…

…j’ai vite déchanté après ma discussion avec l’Homme. Je lui fait généralement confiance sur les sujets d’actualité et d’histoire. J’ai tout de même fait quelques recherches afin d’étayer ses dires, ceci afin de m’assurer qu’elles n’avaient pas de visées propagandistes. Résultat des courses : j’ai lâché mon Bisounours et suis descendue de mon petit nuage. J’ai dès lors cessé de voir le Tibet comme le pays idéal de la tolérance, de la fraternité, des yacks courageux, des lamasseries pittoresques et des joints merveilleux…

Je m’explique avant de me faire lyncher

Tout d’abord, il faut savoir que le Tibet n’a jamais été un pays “libre” mais toujours une province chinoise.

De plus, le gouvernement théocratique revendiqué par les Tibétains reléguerait la province au stade du Moyen-Âge, c’est à dire au temps de serfs et des vassaux. Le Tibet était l’une des dernières théocraties au monde…

-> Chronologie historique et politique du Tibet du Xème siècle à mai 2004 <-

La société était fortement hiérarchisée et l’oppression politique cruelle. Après des heures de recherches, je suis tombée sur différents Codes en vigueur dans l’ancien Tibet. Selon le Code en 13 articles et le Code en 16 articles, les “citoyens” étaient classés en 3 catégories hiérarchisées en 9 échelons. Ils n’étaient pas égaux devant la Loi. D’après les termes de ladite Loi, la vie des gens des catégories supérieures et leurs cadavres valaient leur pesant d’or. En revanche, ceux des gens des catégories inférieures n’avaient pas plus de valeur qu’une corde de paille. Les serfs appartenaient à leurs propriétaires, qui les employaient à leur gré. Ils pouvaient les vendre, les acheter, les céder, les offrir, s’en servir pour payer des dettes et les échanger. Ils possédaient sur eux le droit de vie, de mort ou encore de mariage. Le serf et la serve qui n’avaient pas le même seigneur devaient payer des “frais de rachat” lors de leur union. Leur enfant était condamné à rester serf tout sa vie. Les propriétaires pouvaient battre et injurier leurs serfs à leur gré. Les châtiments corporels étaient cruels et barbares : sections de bras, de jambes, d’oreilles et de langue, yeux énucléés, énervations, sections de tendons, noyades ou précipitations dans le vide.

Souvenez-vous de vos cours d’histoire. Rappelez vous de la hiérarchie au Moyen-Âge…

Sachant cela, il faut garder à l’esprit que le retour d’un tel système reléguerait le Tibet, et de ce fait son peuple, à une organisation sociale que même le plus fervent partisan de cette province en occident ne saurait tolérer pour lui-même. Certes, la Chine agit avec brutalité et sans discernement au Tibet et ma tribune ne vise de loin pas à la défendre. Mon avis personnel est qu’un retour à une théocratie telle qu’elle l’était avant l’invasion chinoise est potentiellement une mauvaise chose.

L’intérêt pour moi dans une telle question n’est ni de défendre l’intérêt des uns ni ceux des autres, ni d’exprimer une opinion claire sur l’organisation ou non des Jeux Olympiques 2008 à Pékin. Il s’agit juste pour moi de soulever une interrogation quant à une soit-disant résistance passive qui, à l’approche de ces jeux, se mue en un mouvement d’émeutes violentes. Je m’interroge sur le fait que des mouvements dits pacifistes aient attendu cinquante ans pour se manifester.

Je souhaite également que l’opinion occidentale ne se laisse pas abuser par une doctrine crypto-fasciste, manichéenne et binaire, comme nous n’en avons malheureusement eu que trop souvent l’exemple dans les conflits récents qui agitent notre monde. En effet, nous vivons dans un monde de nuances, pas dans un monde en noir et blanc. De ce fait, il est clair que peu iront chercher les informations manquantes. Moi-même je ne l’aurais jamais fait si je n’avais pas discuté de ce sujet avec l’Homme.

Gardons à l’esprit, par exemple, que tant les Chinois que les Tibétains ont des intérêts autres que spirituels ou politiques à conserver ce “petit” bout de terre.

Sachez que le sous-sol est riche en minerais : cuivre, chrome, tungstène, or, argent, plomb, lithium, borax, souffre, et surtout, richesse de notre monde moderne : uranium. Les gisements tibétains, seraient selon certaines sources, les plus importants de la planète. L’énergie hydraulique ou la géothermie (geysers) constituent d’autres attraits du territoire.

Un autre point à prendre en compte est que l’indépendance du Tibet n’a jamais été reconnue par la communauté internationale. Le Tibet fait partie intégrante de la Chine et est reconnu à ce titre – tant géographiquement que politiquement – comme une province chinoise.

Forteresse naturelle pratiquement imprenable, dotée d’une exceptionnelle situation stratégique, carrefour de bien des routes, énorme puits de matières premières, le Tibet constitue naturellement une source de convoitises.

J’avoue tomber des nues. J’avais idéalisé ce pays, en le transformant en carte postale, ambiance babacool et paysages époustouflants. Je déchante, j’ai pris une bonne claque et, j’avoue, je suis déçue… Mais je vois maintenant peut-être le “problème tibétain” (oui, il y a un allusion, comprenne qui pourra) sous un autre angle.

Reste le problème des Tibétains, qui, eux, se foutent de mes élucubrations épistolaires. Ils ont faim, sont oppressés par un gouvernement officiel ou par une théocratie non-officielle. Pris entre deux feux sans forcément savoir lequel choisir. Un “progrès” qu’on leur impose ou leurs “racines” telles qu’ils les idéalisent ? Peut-être par ce qu’ils n’ont rien connu d’autre et n’ont que leurs coutumes pour se raccrocher à leur futur ? N’en revenons-nous pas à ces chères nuances ou à ce blanc et ce noir ?

Faut-il pour autant boycotter les Jeux Olympiques de 2008 ? Bonne question… à laquelle j’ai de la peine à répondre moi-même pour tout un tas de raisons…

En quoi un boycott des jeux olympiques changerait-il quelque chose ? Pourquoi le fait de ne pas y assister (via les médias, faute d’y aller physiquement) serait la meilleure solution ? Pour ma part, j’ai de la peine à croire que cela serait base de changement.

Tout le monde s’indigne MAINTENANT alors que cela fait des décennies que ce problème est d’ACTUALITE… Alors que faire ?

Décréter un embargo contre la Chine alors qu’elle est devenue, au cours de ces dix dernières années, un partenaire, voire un tenant économique indispensable ? Comment s’opposer à la Chine alors qu’elle fournit une part énorme du marché mondial à bien des niveaux ? Il semble impossible de tenir tête de manière crédible, et surtout durable, à cette nouvelle puissance, économique, militaire et géostratégique. Il est par ailleurs, selon la logique binaire chère à notre cœur d’Occidentaux, tout à fait contraire et absurde que de boycotter deux semaines de bonheur universel contre des années d’injection de milliards dans l’Empire du Milieu.

Entre temps, comme beaucoup d’autres régions, le Tibet va continuer à souffrir… De même que la population Nord-Coréenne, dont le gouvernement possède l’arme atomique. L’Arabie Saoudite qui maintient son peuple au mieux dans l’inactivité, au pire dans l’esclavage et qui soumet ses lois à une chariia qu’elle n’est pas en mesure d’appliquer parce qu’incapable de nourrir correctement toute sa population alors que les princes croulent sous les pétro-dollars. La Palestine… est-il besoin de préciser les innombrables et quotidiennes souffrances que subit le peuple Palestinien à cause d’un lobby trop puissant. Et qui se porte volontaire pour aller déminer l’Afghanistan ou le Darfour ? Faut-il mentionner le Liban, où un parti de vilains islamistes est condamné par la brillante communauté internationale parce qu’il apporte du pain et de l’éducation à la population quitte à être bombardé par son voisin ?

Quid de ce petit pays, terre d’accueil paraît-il, qui expatrie des gens nés en son sein vers un territoire qu’ils ne connaissent pas, dont ils ne connaissent ni la langue ni la culture, et qu’on arrache purement et simplement à leurs racines ? C’est en Europe sans y être, devinez… C’est le petit Liban d’Europe et ça ose s’appeler la Suisse…

Les peuples paient toujours les embargos. Quels moyens de pression avons nous ?  Déclarer la guerre ? Sommes-nous assez forts ? Est-ce rentable ? Un blocus économique ? Nooooooooon, trop d’enjeux et nous sommes trop dépendants !

Bon ben, en fait, on ne peut rien faire… (pis gars, quand même, c’est la Chine hein…)

Plus sérieusement, j’aimerais avoir vos avis à ce sujet. Cet article n’ayant pas la prétention d’être parole d’Evangile, j’attends les réactions avec impatience, les corrections, les compléments d’information. J’espère pouvoir en discuter ouvertement sans avoir à modérer les commentaires . Merci d’avance !

Je mets ici quelques liens intéressants qui m’ont donné une autre vision du problème tibétain, pour ceux qui voudraient approfondir le sujet :

Le Mythe du Tibet par Michaël Parenti

Carnet de voyage au Tibet par Bernard Cloutier

Le Tibet passé par jrdf

Tibet : attention à la mystification par Julien Sansonnens

Le Tibet en exil, à l’école de la démocratie par www.senat.fr

La « démocratie », la parure trompeuse du dalaï-lama par Zang Yanping

Articles ajoutés le 1er avril 2008:

Les coulisses de la révolte tibétaine interview de Jean-Philippe Béja, Elisabeth Martens et Stéphanie Balme par Benito Perez pour Le Courrier.ch

«Le bouddhisme tibétain, une philosophie ? C’est à s’esclaffer !» interview de Elisabeth Martens par Benito Perez pour Le Courrier.ch

Articles ajoutés le 4 avril 2008:

Stratégie : Pourquoi la Chine tient-elle tant au Tibet sur L’Express.fr

Pekin face à son énigme tibétaine par Yann Rousseau sur Les Echos.fr (article très pertinent à mon avis)

Le Tibet et les devoirs de la Chine sur Le Figaro.fr

Le Tibet, un “Toît du Monde” stratégique que Pékin n’est pas près de lâcher sur Aujourd’hui la Chine.com (article très intéressant, et contrairement au nom du site son contenu n’est pas pro-Chinois)

Spécial Tibet sur Le Courrier International.com

Le Tibet interdit les industries grosses pollueuses et grandes consommatrices d’énergieDifférents articles concernant le Tibet sur Le Quotidien du Peuple en Ligne.com.cn (site chinois, intéressant quand même pour avoir TOUS les points de vue)

Différents articles traitant du Tibet et de la Chine sur Matchafa : Une collection de médias pour comprendre le monde.

Note : Les commentaires ont été manuellement transférés depuis la version 1 de ce blog. L’article et les commentaires originaux peuvent être consultés .

Partagez :
  • Facebook
  • Twitter
  • Reddit
  • Add to favorites
  • Technorati

16 Commentaires pour “Tibet, Chine, JO et Boycott…”

  1. Zénobie says:

    Ne pas confondre Tibet et Bouddhisme …. c’est une question d’honnêteté intellectuelle. C’est comme si on mettait tous les musulmans et tous les islamistes dans la même panier. Donc avant de porter un jugement s’informer sur le bouddhisme, p.ex
    Matthieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur, éd NIL. Et lui c’est pas un bouddhiste “de base”, c’est un ancien chercheur en génétique cellulaire, Français, issu d’une grande famille d’intellos pas forcément branchés spiritualité.
    A bon entendeur….

  2. Mëluzynn says:

    Je ne confonds pas Tibet et Bouddhisme, tu es bien placée pour le savoir ;).

    Il y a par contre une nette confusion médiatique entre Bouddhisme et théocratie moyenâgeuse… Et ça, ce n’est pas le bouddhisme, tout comme l’islamisme n’est pas l’islam.

    Ce que je reproche aux médias c’est de nous faire voir qu’une seule face du prisme, c’est malhonnête bien que ce ne soit pas étonnant…

  3. Rimpo'Che says:

    Bonjour,

    exercer son esprit critique, se documenter pour construire sa propre opinion, c’est louable et trop rare.
    Mais puiser dans les traductions de la presse chinoise n’est pas le moyen le plus judicieux, en l’occurence.

    Le problème n’est pas Tibet, mais la Chine, comme toutes super-puissances si prestes à “libérer les peuples à l’insu de leur plein gré”, à coups de bâtons, dans le meilleur des cas. Quel sera le prochain?

    Au fait, le 14e Dalaï Lama a quitté le Tibet suite à son annexion violente par la Chine, entre 1947 et 1951…donc, son pouvoir en 1959 n’a pas fait grand mal aux “serfs”.

    Bonne journée.